Mobilité : La réalité augmentée revisite le passé

Explorer un lieu c’est aussi visiter son passé pour mieux comprendre son présent. Une nouvelle application, baptisée Pivot, ouvre les portes du temps et replonge le mobinaute dans l’histoire d’un endroit, d’une ville, d’un quartier ou d’un immeuble.
 
Chaque époque invente ses modèles selon la culture du moment, et cette ère est servicielle.
La technologie, non comme une fin en soi, mais comme une réponse créative qui s’invite partout, révèle et accélère les usages. Nous sommes entrés dans une app society, une ère applicative qui modifie notre perception du monde, la façon de nous relier et aussi notre consommation : éducation, transport, banque, assurance, achat et vente, culture et tourisme…
 
La technologie agit comme catalyseur en propulsant de nouvelles solutions aux besoins réels des consommateurs. « Expérience » est le maître mot de l’époque. Souvent oubliée des promesses budgétaires gouvernementales, la culture peut compter sur le digital pour inviter cette expérience dans le quotidien du citoyen. Son premier outil de démocratisation ? Le smartphone.
Depuis trois ans les applications réinventent notre exploration des villes. Créée par une employée de la Harvard Kennedy School, PIVOT conforte la tendance à la redécouverte de nos cités par la réalité augmentée.
 
Dans la même lignée que la carte à remonter le temps de la New York Public Library, de l’application Street Stories guide historique et littéraire géolocalisé du quotidien britannique
The Guardian, ou encore de la plate-forme Geo Coded Art, qui offre un tour pédagogique et ludique des locations historiques ayant inspiré des peintres mondialement connus, la nouvelle venue PIVOT propose la redécouverte du présent par le passé.
 
Promouvoir l’enseignement par l’histoire
 
C’est pour apporter une réponse visuelle à la sempiternelle interrogation « mais à quoi ressemblait cet endroit avant ? », qu’Asma Jaber a conçu l’application, récompensée par le Harvard Innovation Lab. Le concept est séduisant : montrer des images historiques du lieu sur lequel se trouve l’utilisateur, informé directement par PIVOT sans même devoir solliciter lui-même les très instructives iconographies. A chaque fois que vous vous trouvez sur un « point de vue PIVOT », vous n’aurez qu’à diriger votre smartphone sur un emplacement du décor ambiant pour que des images de son passé se superposent à celles d’aujourd’hui. C’est cette capacité à marier le présent et le passé sur l’écran qui rend cette application unique. On imagine aussi aisément ce type d’interface s’intégrer dans les bâtiments publics voire le mobilier urbains.
Les panneaux histoires de Paris, par exemple, pourraient servir de parcours et de relais aux locaux comme aux touristes. Cette application pourrait faire des émules chez des annonceurs qui l’utiliseraient comme levier d’engagement avec les consommateurs. Chasse au trésor, enquête et autres activités ludiques et pédagogiques seraient adaptables avec ce type d’interface dédiée à la réalité augmentée. Et même si la ville sert de premier test, des espaces plus naturels peuvent aussi transmettre une histoire. Car informer, divertir et éveiller l’individu est le triptyque idéal pour toutes communications qui se respectent…

Mobilite_Exploration

Péguy ou l’éloge de la mémoire de l’humanité
 
L’idée est de créer une plate-forme, réalisée pour préserver numériquement des photographies historiques, mais aussi pour faire découvrir les lieux actuels par la lentille du passé. « Notre but est de promouvoir l’apprentissage par l’histoire et de conserver un patrimoine photographique », explique la créatrice sur la page Kickstarter de PIVOT. L’application lève en effet des fonds sur la plate-forme de crowdfunding, alors même que des programmes pilotes sont déjà opérationnels sur le campus de l’université d’Harvard. Rome, Paris mais aussi la Syrie et l’Irak sont dans le viseur de PIVOT.
 
A sa façon, PIVOT défend le même principe que l’application Timeline, à qui INfluencia avait consacré un article en janvier dernier : replacer une information dans son contexte historique. Parce que comprendre le passé c’est mieux que juger le présent. Charles Péguy ne disait pas autre chose dans « Compte rendu de congrès » : « Autant la mémoire individuelle est indispensable non seulement pour les travaux, mais pour les actes les plus simples, pour manger, boire et marcher, pour dormir, autant l’histoire est indispensable à la commune humanité. L’histoire est donc plus vieille que nous, monsieur le philosophe, et plus forte que vous. »