Etude : Quand les communautés créatives dessinent les centres villes

Entre les créatifs des arts du contenu et ceux des sciences, les oppositions géographiques sont encore très marquées. Au Canada, une étude éclaire sur ces différences presque structurelles par Benjamin Adler
 
Dis-moi où tu habites et je te dirai quel genre de créatif tu es… Les études d’identification socio-professionnelle par quartier pullulent depuis des années mais comme INfluencia l’a montré dans sa série sur le boom de la créativité à Los Angeles, la copulation inter-citadine de différentes industries devenues complémentaires modifie les donnes établies. Et puis après tout, il y a plusieurs types de créatifs, ceux estampillés « artistiques », et ceux plutôt labélisés « scientifiques ». Principe des vases communicants oblige, la nouvelle idylle entre science et art modifie les segments démographiques et identitaires de la Cité.
 
Une récente étude canadienne publiée dans le journal Regional Studies et réalisée par le Martin Prosperty Institute et Greg Spencer, professeur de l’université de Toronto, démontre pourtant que dans trois mégalopoles du Canada, la « coolitude » de la créativité musicale, vidéo, culturelle, artistique et du design ne se mélange pas avec la formalité sérieuse de la créativité informatique et web, des industries pharmaceutique et médicale. Dans leur quotidien urbain à Toronto, Vancouver et Montréal, qui représentent 57% des industries créatives du pays, ces deux mondes restent à part.
 
Comment, pourquoi et à quel degré ? L’étude apporte des réponses, alors même que créativité et innovation sont aujourd’hui au centre des stratégies de développement économique des villes, régions et pays. En utilisant les données détaillées de Dun & Bradstreet sur les emplacements de 1,4 millions de sociétés et entrepreneurs indépendants en 2001, 2006 et 2011, l’étude livre plusieurs constats. Un des principaux met en exergue des oppositions géographiques criantes. Pour synthétiser, les acteurs des secteurs que Greg Spencer définit comme « basés sur la science » se concentrent dans des banlieues à plus basse densité de population, nichées à proximité des échangeurs autoroutiers. A l’inverse la créativité « artistique » vit et s’exprime au cœur des villes, dans une densité urbaine et piétonne bien desservie par les transports publics.

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Les créatifs « artistiques » tissent une plus grande toile
 
Autre conclusion importante de l’étude, les travailleurs « artistiques» favorisent un logement près de leur lieu de travail alors que les « scientifiques » sont eux plus enclins à vivre éloignés du bureau et donc à prendre la voiture (ou le train) pour se rendre tous les jours au bureau. Logiquement, la densité de cafés, bars et restaurants constitue l’apanage des « artistiques », intrinsèquement attirés (car nourris et inspirés) par la mixité sociale, ethnique et professionnelle de ces quartiers plus vivants et animés. Sans surprise, ce sont dans ces quartiers et ces maisons que s’entretiennent les plus grands réseaux sociaux, au sens original du terme.
 
D’après les données publiées par la Canadian General Socia Survey, « en moyenne ces individus maintiennent un réseau de 60 relations familiales, amicales, professionnelles et autres. Aucun groupe actif ne fait mieux ». Les employés des nouvelles technologies et des domaines scientifiques possèdent eux un réseau moyen de 46 personnes. La différence ne surprendra personne.
 
Comment les dirigeants politiques et les marques doivent-elles interpréter les vérités statistiques mises en évidence dans ce rapport ? Les deux doivent déjà savoir qu’il est beaucoup plus compliqué d’attirer les « artistiques », dont le nid ne se construit pas intentionnellement. « Ce sont leur flexibilité et leur adaptabilité qui produisent les quartiers créatifs », rapporte Greg Spencer. Pour réussir leur mariage, le design urbain et le développement économique disposent aujourd’hui de précieux indices grâce à la data.